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 "La Grande Chasse" Heinz Knoke

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Manfred
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Localisation : Toulon
Date d'inscription : 07/02/2005

MessageSujet: "La Grande Chasse" Heinz Knoke   Sam 11 Juin 2005 - 13:57

Il s'agit d'un extrait de mon livre préféré sur la WWII..., "La Grande Chasse" de Heinz Knoke.

Donc, comme d'habitude, une petite présentation de l'auteur.., ouh allez, non..., allez plutot la dessus, la bioagraphie de Knoke est particulièrement bien détaillé

http://www.chez.com/franckruffino/Chronologie.htm

(n'hessitez pas à vous ballader sur le site..., vraiment sa vaut le détour...)



Bonne lecture

II/JG69_Manfred

22 mars 1943. 14 h 24 : alerte! Décollage immédiat. Non de nom! Encore une fois, nous n'aurons pas le temps de charger les bombes. Les Américains arrivent par la mer. Comme toujours, ils se sont groupés dans le carré Dora-Dora, devant Great Yarmouth. Sept minutes après le départ, la tour de contrôle nous rappelle. L'ennemi a fait demi-tour. Mais il peut encore revenir. Je fais immédiatement refaire le plein. Les pilotes restent dans les appareils, ce qui ne va jamais sans quelques protestations. Je les calme en annonçant que nous allons certainement repartir. Pour l'instant, le poste central de contrôle s'efforce à deviner les intentions des Ricains qui changent continuellement de cap.

C'est Peut-être une nouvelle tactique, destinée à tromper notre vigilance. En tout cas, je vais en profiter pour faire charger en vitesse une bombe de deux cent cinquante kilos. A peine les mécaniciens se sont-ils mis au travail que la tour de contrôle ordonne le décollage immédiat. Et la bombe qui n'est pas encore fixée sous mon appareil! Tant pis! J'avertis tous les pilotes que, pour cette mission, l'adjudant Wernecke prendra le commandement. Puis, pendant que l'escadrille s'éloigne, j'explique aux mécaniciens tout ce qui va leur arriver s'ils perdent une seule seconde.

Baignés de sueur, ils s'échinent, sous le ventre de mon zinc. Attaché sur mon siège, je trépigne, l'oeil sur la trotteuse de ma montre. L'escadrille se hâte vers la mer, en prenant de l'altitude. La formation américaine va franchir la côte

- Paré, mon lieutenant !

Lourdement, mon appareil chargé de son sinis-tre fardeau roule vers l'extrémité opposée du terrain. Le poids supplémentaire de la bombe m'oblige à décoller face au vent. Comme je tourne à l'entrée de la piste, mon maudit moulin s'affaisse du côté gauche. Je pousse un juron. Il ne manquait plus que ça : un pneu du train d'atterrissage qui a rendu. l'âme; Je lance une fusée rouge. Là-bas, devant la baraque-atelier de l'escadrille, les mécaniciens ont compris le sens du signal. Une vingtaine d'hommes sautent sur une camionnette, et, à toute allure, se lancent à travers le terrain. Leurs épaules vigoureuses soulèvent le plan gauche. En moins d'une minute, ils ont changé la roue, sans que j'aie eu besoin d'arrêter le moteur.

- Paré. mon lieutenant !

Tout le monde s'écarte. J'ouvre en grand l'ad-mission des gaz. l'appareil commence à rouler. bonté divine, le voilà qui s'affaisse encore, toujours du côté gauche. J'arrive cependant à l'arracher, après avoir parcouru environ deux cents mètres avec un pneu à plat. A la limite du terrain, j'évite de justesse un hangar. Le cap sur la mer, je grimpe au maximum de puissance. Au-dessus de moi, très haut dans le ciel bleu, les filets de condensation des Ricains et de mes camarades dessinent une dentelle mouvante. La grande bagarre est déjà engagée.

Sept mille mètres. La charge inaccoutumée fatigue dangereusement mon coucou dont la vitesse ascensionnelle diminue de plus en plus. En intercalant des paliers toujours plus rapprochés, je parviens, en près de vingt-cinq minutes, à monter jusqu'à neuf mille. Manifestement, mon "Gustave " s'essouffle dans l'air raréfié., Les Américains ont déjà déchargé leurs bombes sur WiIhelmshafen dont les docks sont en flammes. La brise rabat les colonnes de fumée sur le quartier du port. L'ennemi, sur le chemin du retour, se trouve maintenant à la verticale de Héligoland. En sacrifiant un peu d'altitude, je le rattrape vite. Puis, réduisant l'allure, je me place au-dessus de la tête de la formation qui, cette fois, se compose uniquement de forteresses volantes. Pendant plusieurs minutes que les mitrailleurs américains mettent à profit pour m'arroser de leur mieux, je corrige ma visée, laissant retomber tantôt le plan gauche, tantôt celui de droite, afin de vérifier mes coordonnées. Pour une fois que j'ai réussi à emporter une bombe, je veux être sûr de mon coup. Tout de même, ce n'est pas le moment de m'attarder. Mon aile gauche montre déjà deux ou trois déchirures. J'amorce la bombe; contrôle de nouveau ma visée, puis, d'un coup de pouce, j'enfonce le bouton de déclenchement. Soulagé, mon appareil fait un bond en avant. La bombe tombe... tombe encore... Je cabre tout en amorçant un virage pour observer sa chute.

Elle explose exactement au centre d'un groupe de trois forteresses. L'une; la plus rapprochée, perd immédiatement une aile, arrachée par le souffle. Les deux autres, effrayées, dégagent par un piqué à 45 degrés. A une trentaine de kilomètres à l'ouest de Héligoland, la forteresse estropiée à ma surprise, elle n'a pas pris feu s'abat dans l'eau, soulevant un immense geyser. Son aile, tournoyant comme une toupie, la suit à quelques secondes d'intervalle. Ma bombe fera du bruit, non seulement dans le camp allié, mais aussi chez nous, dans les sphères supérieures !

Dès l'atterrissage, je dois me présenter chez le commandant de l'escadre(1). Le Vieux qui était parti en même temps que nous avait assisté, des premièreres loges en quelque sorte, à la destruction de la forteresse volante. Il est surexcité.

- Formidable, Knoke, absolument formidable ! La prochaine lois, il faudra que vous fassiez ça avec tous les appareils de votre escadrille, hein, mon petit Knoke ?

-C'est bien ce que j'ai l'intention de faire, mon commandant.

- Et vous pensez que ça marchera ?

Je suis sceptique.

- Je ne pense encore rien, mon commandant. J'ai peut-être eu un coup heureux, tout simplement. Si, au contraire, ce coup. résulte de l'application d'une méthode, nous arriverons sans doute à descendre un certain nombre de grosses bagnoles.

-Hum Je vois. Enfin, coup heureux ou méthode, vous allez continuer, j'espère, mon petit Knoke. Je vous fais confiance...

Un peu plus tard, c'est le chef divisionnaire de la chasse qui me téléphone.

- Très heureux de pouvoir vous féliciter, mon cher, nasille-t-il, jovial. Vraiment, Une magnifique victoire...

Il doit être fou de joie à l'idée d'avoir contribué indirectement à cette " magnifique victoire ". Pourvu que, dans son émotion, il ne lâche pas son monocle. Seuls les hommes de mon escadrille gardent leur flegme habituel. Ces jubilations officielles leur paraissent ridicules. Primo, cette bombe au-rait pu être lancée, avec le même succès, par X., Y. ou Z. ; secundo, l'idée n'est pas de moi, mais du pauvre Dieter, et tertio, mon zinc a récolté huit trous dans l'aventure. Non, vraiment, il n'y a pas de quoi s'extasier ! Au beau milieu de la nuit, le téléphone à côté de mon lit se met à sonner.

- Mon lieutenant, une communication prioritaire du Haut Commandement de la Luftwaffe.

- Ah ? Vous êtes sûr que c'est pour moi ?

- Oui, mon lieutenant. Une seconde, je vous prie. Allo, allo ! Parlez...

-Le lieutenant Knoke ? Ici le commandant X., de l'état-major du Maréchal de l'Air. C'est bien vous qui avez détruit, ce matin, une forteresse volante par une bombe ?

-Parfaitement, mon commandant. Il m'interroge brièvement Sur le modèle de la bombe et du détonateur, la méthode de visée. les effets obtenus.

Puis, d'un ton doucereux :

- Qui avait ordonné l'emploi d'une bombe ?

L'espace de quelques instants, je reste coi. ,.,

- Euh... c'est que... à vrai dire, personne mon commandant. J'ai tout simplement emporté cette bombe, je l'ai lâchée...

Un silence. Pour la première fois, je me rends compte qu'au fond, personne ne m'avait donné l'ordre de lacher une bombe sur ces malheureux Ricains. En somme, j'ai agi de ma propre autorité, ce qui est plutôt mal vu dans l'armée. Mon interlocuteur s'éclaircit la voix Je vous mets en communication avec le Maréchal du Reich. Un déclic. Instinctivement, tout en restant couché, à l'horizontale, je rectifie la position. D'un ton martial, je me présente:,

- Lieutenant Knoke, commandant la cinquième escadrille de la première escadre de chasse.

- J'ai été enchanté d'apprendre que vous avez fait preuve d'initiative. Une initiative très heureuse. J'ai tenu à vous féliciter personnellement.

-Je vous remercie, monsieur le Maréchal.

Un second déclic. Terminé. Et voilà! Un lieutenant de la Luftwaffe qui couché dans son lit, vêtu uniquement d'une veste de pyjama, s'entretient avec son chef suprême. Quelle histoire à raconter à mes petits-enfants ! Si le gros Goring savait que je n'ai même pas de pantalon ! j'en ris tout seul.

(1) : Gunther Specht



Une petit biographie de ce grand pilote: Specht était un personnage très connu dans toute la Luftwaffe pour ses qualités de meneur d'hommes et de battant. Il avait perdu un œil lors d'un combat aérien, le 3 décembre 1939, ce qui ne l'avait nullement empéché de revenir au front pour, la campagne de France, au cours de laquelle il abatit trois Spitfire en quelques minutes.
Compte tenu de son infirmité, il fut rappelé en état--major mais il n'eut de cesse de revenir en première Iigne. Satisfaction qui fut donnée en février 1943 lorsqu'il prit le commandement du IIJJG 11.avant de prendre en mains les destinées de l'escadre fin avril 1944 Specht dècoré de le Ritterkreuz, était titulaire de 31 victoires, dont 15 remportées contre des quadrimoteurs américains.

Et un petit extrait de Knojle (toujours de la grande chasse sur lui)
" Je me présente immédiatement chez le Vieux; Il me tend la main, essaie de sourire.

- Je savais que vous ne m'abandonneriez pas. Croyez-moi, j'étais désolé d'écourter votre permission. Seulement, j'ai tant besoin de vous.

Je l'examine à la dérobée, pendant qu'il m'ex-pose la situation. Specht est de loin le plus petit de nous tous. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir une emprise totale sur ses pilotes. Aucun autre officier ne m'a fait une impression aussi forte, aussi profonde, que ce petit bonhomme dans sa combinaison usée.
C'est le type parfait de l'officier prussien, dans le meilleur sens du terme. Très dur pour lui -même, il admet aucune faiblesse chez ses subordonnés. Au début de la guerre, il a perdu un oeil ; avec celui qui lui reste, il voit tout, comme un aigle.
Specht ne vit que pour une idée : le combat aérien. Il n'a qu'un seul sujet de conversation: les Boeing, Thunderbolt, Mustang et Lightning. Il lui est arrivé de me sortir du lit, au beau milieu de la nuit, pour examiner avec moi tel ou tel détail tactique.
Célibataire endurci, il a interdit à ses officiers de recevoir, serait-ce pour une heure, la visite de leur femme ou de leur fiancée. Malheur au pilote qu'il verrait se promener avec une fille. Ille punirait sur-le-champ.
Au cours des dix derniers mois, il a abattu à lui seul, vingt quadrimoteurs, dépassant ainsi ma liste de plusieurs points. Très calme, il tire avec une précision stupéfiante.
En tant que supérieur, il est très peu commode. Rares sont les pilotes qui n'ont pas eu de prises de bec avec lui. Sans le respect que nous inspirent son palmarès exceptionnel et sa rectitude morale, nous le détesterions cordialement."

_________________
Combats aériens sur la Corne de l'Afrique (juin 1940 - novembre 1941)
http://aviationaoi.wordpress.com/
(version 2.1, MAJ avril 2013)
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Senoufo
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MessageSujet: Re: "La Grande Chasse" Heinz Knoke   Ven 17 Juin 2005 - 22:55

Ce livre, on le trouve a 2 euros sur Ebay, plus que fortement conseillé, ce livre est passionnant !

_________________

http://www.velivoles.com : Le Vol à Voile en images !
Volez à Biscarrosse ! http://perso.wanadoo.fr/boplaneur
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