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 Hommages aux femmes pilotes (suite et fin)

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Manfred
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MessageSujet: Hommages aux femmes pilotes (suite et fin)   Sam 5 Mar 2005 - 20:13

désolez..., j'avais prévut qu'un seul post, mais il parait que c'était trop long et qu'il pouvait pas m'afficher l'intégral angry

Récit 2:

Après que les allemands aient envahi l'Union soviétique, entre le 22 juin 1941 et le 8 mai 1945, près d'un million de femmes servirent dans les forces armées soviétiques, beaucoup de celles-ci étant au front, endurant l'horreur des batailles en première ligne et combattant aux côtés des hommes pour la survie de leur patrie. Les régiments féminins d'aviation de combat commencèrent à être formés en octobre 1941, après que le Haut Commandement soviétique autorisa Marina Raskova à organiser le Groupe d'Aviation no 122, entièrement féminin.

Quelques mots ici pour parler de Marina Raskova, une personnalité très attachante. En plus d'établir des liens étroits avec chacun et chacune qui avaient le plaisir de la connaître, Raskova accordait une profonde attention aux personnes qui étaient sous son commandement. C'était une femme cultivée d'humeur joyeuse, pleine d'entrain s'intéressant à tout, y compris la musique classique (virtuose du piano, elle avait suivi l'école de musique Pushkin). Elle parlait couramment le français et l'italien et avait étudié aussi bien la chimie que les matières militaires. A l'âge de 19 ans Marina Raskova avait été engagée comme technicienne de laboratoire à la "Zhukovsky Aviation Engineering Academy". En 1934 elle passa son examen de navigation aérienne et obtint sa licence de pilote en 1935. Le 24 octobre 1937 Raskova et Valentina Grizodubova, pilotant un AIR-12, enregistrèrent le record du monde féminin de distance avec un vol non-stop de 1'445 km. En 1938, Raskova prit part à trois records mondiaux: Le 24 mai et le 2 juillet à bord d' un hydravion MP-1, couvrant respectivement 1'749 km et 2'241 km. et les 24-25 septembre avec V. Grizodubova et P. Osipenko en ANT-37 parcourant 6'450 km. en un vol non-stop de Moscou au Pacifique. A l'âge de 26 ans elle reçu l'Etoile d'or des héros de l'Union soviétique, avec Grizodubova et Osipenko, pour leur vol record vers l'extrême Est.

Après l’éclatement de la guerre germano-soviétique le 22 juin 1941, Raskova utilisa son influence personnelle auprès de Staline et sa position dans le Comité de défense du peuple pour obtenir la permission de constituer une unité de combat exclusivement féminine. Cette demande était cruciale pour beaucoup de jeunes femme qui voulaient absolument combattre les ennemis de leur patrie. En Union Soviétique il y avait déjà quelques aviatrices qui avaient été entraînée dans des aéro-clubs par les Osoaviakhim. Avec l'approbation de la Stavka (Haut commandement suprême) et l'assistance du Komsomol Raskova débuta en octobre 1941 la création de trois régiments d'aviation entièrement féminin, soit environ 400 femmes pilotes, mécaniciennes et radio.
Après leur sélection, les futures aviatrices étaient envoyées dans le petite ville de Engels sur la rivière Volga au Nord de Saratov. Là elles eurent 6 mois pour terminer leur formation de pilote, alors que celle-ci prenait normalement 18 mois ! Raskova gardait un œil sur tout le pro-cessus d’entraînement et de sélection, la décision finale et l’orientation de chacune lui revenant. Ce n’était pas facile car bien sûr toutes voulaient devenir des pilotes de chasse. En fonction de l’expérience et des qualités de chacune, leur orientation comme pilote de chasse ou de bombardier, radio-navigatrice, mitrailleuse, mécaniciennes ou armurières, exigeait beaucoup de compétence, de psychologie et de persuasion de la part de Marina dont l’autorité naturelle était incontestée. Avec l’accord officiel de la Stavka, Marina Raskova forma trois régiments d’aviation: le 586ème IAP (Régiment de chasse), le 587ème BAP (Régiment de bombardier en piqué) et le 588ème NBAP (Régiment de bombardier de nuit). Le premier régiment était initialement assigné à la défense de Saratov, alors que les deux autres pouvait être envoyés au front.
Lorsque ces trois unités de combat eurent terminé leur entraînement à Engels, la situation militaire dans la ville et autour de Stalingrad était devenue critique pour les soviétiques. Le 1er Squadron du Régiment de chasse fut alors transféré à Stalingrad.
Parmi celles envoyée au front figuraient les sergents Lidya Litvyak et Yekaterina Budanova qui devinrent avec respectivement 11 et 12 avions ennemis abattus, des as dont on avait sous- estimés les qualités de combattantes durant leur formation. Elles avaient été alors plutôt considérées comme des «fauteurs de trouble»…
Vu leurs compétences, Litvyak et Budanova furent finalement transférées dans un régiment d’élite : le 73 IAP, 6 GvIAD, 8 VA ombattant les meilleurs pilotes de chasse allemands, ainsi que les préjugés de leurs camarades masculins, Litvyak et Budanova atteignirent bientôt les 3 victoires aériennes confirmées nécessaires pour être considérée comme une as de la chasse soviétique.
Voici un bref épisode des qualités de combattante de Lilya Litvyak. Le 22 mars 1943, Litvyak fut attaquée par quatre Messerschmitt Bf-109s au-dessus de la région de Kharkov. Litvyak en descendit deux avant de faire fuir les derniers. Les deux pilotes de chasse allemand abattus étaient le Lieutenant Franz Müller (Bf-109G-4) et le sous-officier Karl-Otto Harloff (Bf 109G-2) du 9ème squadron, (9./JG 3).
Katya Budanova mouru au combat le 18 juillet 1943 après avoir touché deux avions enne-mis. Elle avait neuf victoires à son actif. Quelques jours plus tard, le 1er août 1943, Lily fut abattue alors qu’elle escortait une unité de Shturmoviks de retour d’une attaque (c’était sa 3ème sortie de la journée). A cause de sa notoriété connue des allemands, huit Messerschmitt Bf-109's se concentrèrent uniquement sur son Yak-1 qui portait le no 23 et réussirent après un combat acharné à abattre celle que l’on surnommait «la rose blanche de Stalingrad». Lily avait 22 ans, accompli 168 missions et comptait 12 victoires personnelles à son actif.
Equipée également de chasseur Yak-1 le reste de la 586ème IAP, commandée par le Major Tamara Kazarinova participa en novembre 1942 aux opérations Saturne et Uranus (l’élimination de la 6ème armée allemande à Stalingrad). Après la des-truction des forces allemandes dans la région de Stalingrad, la 586ème IAP avait pour tâche de défendre plusieurs importants lieux logistiques et stratégiques.
En 1944 l’unité, équipée de chasseurs Yak-9, prit part à l’offensive de Hongrie. La 586ème IAP finit la guerre en Autriche sur un des aérodromes occupés . Durant la guerre les femmes pilotes de la 586ème IAP firent 4'419 sorties et remporta 38 victories. Les pertes n’ont pas été totalisées...

Les sorcières de la nuit du 588 NBAP (Régiment de bombardier de nuit)

Le 588ème NBAP fut officiellement déclaré prêt au combat en mai 1942, et le 23 mai 1942 conduite par Marina Raskova, arriva en Ukraine. Grâce à leurs prouesses ces femmes gagnè- rent rapidement le respect de leurs adversaires et les allemands commençèrent à les surnommer: les «sorcières de la nuit».
Hauptmann Johannes Steinhoff, le commandant de la II./JG 52 qui avait reçu la croix de chevallier pour ces 101 victoires, écrivait le 2 septembre 1942: « Nous ne pouvions tout simplement pas croire que les pilotes soviétiques qui nous causèrent les plus gros problèmes étaient en fait des femmes. Elles n’avaient peur de rien. Elles venaient nous harceler nuit après nuit dans leur biplan rustique, et durant de longues périodes ne nous laissaient pas fermer l’œil de la nuit ».
La plupart du temps, la faible autonomie (300 km) des Po-2, biplans à ciel ouvert dont la vitesse maximum était de 150 km/h et leurs faibles moyens de navigation et de bombardement ne leur permettait pas de faire des dommages importants à l’ennemi. Mais la nuit du 5 octobre 1942, un bombardement chanceux mit le feu d’un dépôt de carburant sur l’aérodrome de Armavir. Le feu s’étendit et six Ju-88s et He-111s de la Stab.II./KG 51 furent détruits. Seul un avion y échappa.
En réaction le Fliegerkorps IV organisa une unité improvisée de chasseurs de nuit la 10./ZG 1. Opérant avec l’aide des projecteurs de DCA les Bf-110s de cette unité sonnèrent le glas des lents et fragiles biplans lorsqu’ils les rencontrèrent dans les airs. Les Po-2 en bois et toile prenaient feu très facilement lorsqu'ils étaient touchés par les tirs de mitrailleuses ou de DCA, et l’avion était pratiquement chaque fois condamné. N'ayant pas de parachute, le seul espoir du pilote était de se poser en catastrophe.
Le pilote de chasse de nuit qui eu le plus de succès durant cette période fut l’Oberfelwebel Josepf Kociok, qui fut crédité de 21 avions abattus de nuit. Durant une seule nuit, il détruisit 2 Po-2 en une sortie. Serafima Amosova raconte cet évènement: « Une nuit, comme notre avion survolait l’objectif, les projecteurs s’allumèrent, la DCA se mit en action, et une fusée verte fut tirée du sol. La DCA arrêta de tirer, un chasseur allemand arriva et descendit quatre de nos avions, l’un après l’autre, à chaque fois qu’ils arrivaient sur leur cible. Nos avions prenaient feu comme des chandelles. Nous avons toutes cette scène gravée dans nos mémoires. Lorsque nous atterrîmes et annonçâmes que nous avions été attaquées par des chaseurs allemands, ils ne voulurent plus nous laisser voler cette nuit-là. Nous dormions dans une école dans des lits superposés. Vous pouvez imaginer nos sentiments lorsque nous revîmes les lits faits de nos amies qui périrent quelques heures plus tôt ».
L’Oberfelwebel Josepf Kociok fut décoré de la Croix de Chevallier. Il fut tué plus tard près de Kerch lorsqu’il entra en collision avec un avion russe en perdition et que son parachute refusa de s’ouvrir.
Les “sorcières de la nuit” réagirent en mettant au point diverses tactiques. Elles volaient vers leurs objectifs en rase-motte puis au dernier moment, prenaient de l’altitude avant de couper leur moteur et piquer sur leur cible. Lorsque les allemands entendaient le sifflement caractéristique du vent dans les haubans des biplans, il était déjà trop tard.
Pour se débarrasser des projecteurs elles se mirent à voler par groupe de trois. Les deux premières servaient de leurre en simulant une fausse attaque. Pendant ce temps la troisième pouvait attaquer sans être trop inquiétée. Puis elle allait rejoindre les deux autres pour à son tour servir d’appat et cela jusqu’à que toutes les trois aient lâché leur bombe. Il fallait des nerfs d’acier pour servir de leurre, mais cette technique était efficace.
Mais la faible vitesse du Po-2 n’était pas toujours un handicap. Equipé d’un moteur de 110CV sa vitesse maximum était de 150 km/h. Il volait donc à des vitesses bien inférieures à la vitesse minimum des chasseurs allemands. Très maniables les pilotes pouvaient voler très bas et … se cacher derrière les arbres. Même si les dégats provoqués par ces rustiques biplans étaient relativement peu importants à cause de la faible charge de bombes (300 kg) qu’ils pouvaient emporter, le harcèlement, l’effet d’insécurité continuelle parmi les allemands étaient psychologiquement très efficace.
Les statistiques soviétiques montrent que cette unité fit 23'672 sorties et larguèrent 3000 tonnes de bombes. 23 femmes pilotes de ce régiment furent décorées de la Croix d’Or des héros de l’Union Soviétique.
Le 587ème régiment d’aviation de bombardement en piqué:
Marina Raskova prit elle-même le commandement du 587ème BAP. Sa cheffe d’Etat-Major était la Capitaine Militsa Kazarinova, soeur de Tamara Kazarinova qui fut la première commandante du 586ème IAP. Le 587ème commença à s’entraîner sur les bombardiers Su-2, puis ceux-ci étant devenu obsolets, fut rééquipé bientôt de bimoteurs Pe-2.
Le 22 novembre 1942, le régiment termina son entraînement et reçut l’ordre de rejoindre le front à Stalingrad. Les champs d’opération de cette unité furent: Orel, Kursk, Smolensk, Vitebsk, Borisov, le lac Mazurian. En mai 1943, le 587ème BAP rebaptisé 125ème "M. M. Raskova" Borisov Guards Dive Bomber Aviation Regiment (après avoir contribué à la libération de la ville de Borisov) termina ses opérations de guerre en Pologne, près d’Elblag […]. Les équipages de ce régiment firent 1'134 missions de combats et larguèrent 980 tonnes de bombes. Le succès le plus marquant de cette unité est à mettre au compte de Mariya Dolina. Dans son Pe-2 elle descendit deux avions ennemis en même temps, un Bf 109 et un Fw 190.
Un vibrant hommage fut dédié à cette unité par les pilotes de la France Libre du régiment de chasse "Normandie-Niemen" qui combattirent souvent aux côtés de ces femmes : « Même s’il était possible de cueillir et de déposer à vos pieds toutes les fleurs de la Terre, cela ne constituerait pas une reconnaissance suffisante de votre valeur ».

Marina Raskova ne survécut pas à la guerre. Selon la Cap. Valentina Savitskaya-Kravchenko, cheffe navigatrice de l’unité, en décembre 1942 il y avait un urgent besoin de convoyer autant de Pe-2 que possible sur le front de Stalingrad. Alors qu’elle convoyait en première ligne une formation de trois avions, le 4 janvier 1943, dans une tempête de neige aveuglante, son avion s’écrasa au Nord de Stalingrad contre les hautes falaises bordant la rive ouest de la rivière Volga. Aucun équipage n’en réchappa.
Le 587ème BAP et le 588ème NBAP furent engagés dans les intenses combats de la région caucasienne au Sud de la Russie. Elles réalisèrent leurs missions, parfois plus de 15 par nuit, en résistant au meilleur groupe de chasse de la Luftwaffe : le JG-54 qui comptait quelques-uns des plus grands as de la chasse de l’histoire, notamment Erich Hartmann avec 352 victoires confirmées.

Si on trouve passablement de littérature sur les femmes pilotes, en revanche trop peu a été écrit sur les équipes au sol, elles-mêmes exclusivement féminines. Ces femmes avaient à traîner jusqu’aux avions des réservoirs d’air comprimé de plus de 60 kg, tirer les containers à munitions, déposer les armes, charger les bombes, exécuter les travaux de maintenance des avions et effectuer les réparations, tout cela à l’air libre et par tous les temps. Ces femmes souffrirent de gelures, de la chaleur, de stress, d’anxiété, de faim et de fatigue.

En été 1943, Durant la bataille de Kursk dont l'issue fut l'effondrement de tous les espoirs allemands de victoire à l'Est, les unités soviétiques féminines de combat furent engagée dans les plus féroces opérations de combats aériens de l'histoire contre le JG-54 de la Luftwaffe. Parmi les femmes pilotes qui ne servirent pas dans les 586, 587 et 588ème régiments figurait la lt. Anna Timofeyeva-Yegorova qui, dans le Caucase et en Crimée, pilota le célèbre IL-2, surnommé "le tank volant". Timofeyeva, adjointe du commandant de régiment du 805 ShAP (Regiment d'aviation d'attaque au sol) était la seule femme de son unité. Déjà grièvement blessée au début de la guerre lors d'une dangereuse mission de reconnaissance de jour, elle fut à nouveau abattue en 1945 au-dessus de l'Allemagne. Souffrant de multiples blessures, gravement brûlée elle fut capturée mais survécut à ses blessures internée dans un camp de prisonnier allemand. Lorsque les russes "libérèrent" le camp... ils l'envoyèrent dans un Goulag ! "Il n'y a pas de prisonniers russes, seulement des traîtres" avait dit Staline. Elle fut donc accusée de collaboration. Lorsqu'elle fut finalement rapatriée, elle s'aperçut que, présumée morte, elle avait été nommée à titre posthume "Héro de l'Union soviétique"...!

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Combats aériens sur la Corne de l'Afrique (juin 1940 - novembre 1941)
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Adrian Von Berg
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MessageSujet: Re: Hommages aux femmes pilotes (suite et fin)   Dim 6 Mar 2005 - 2:33

Je connaissais les "Sorcières de la Nuit" grâce au jeu Il-2...sinon, je n'avais jamais entendu parler des ces As féminins...elles manquent de célébrité, je trouve...c'est fort dommage...merci Manfred.
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Madalex
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MessageSujet: Re: Hommages aux femmes pilotes (suite et fin)   Dim 20 Mar 2005 - 13:14

oui c'est emouvant tout de même! enfin moui merci manfred
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MessageSujet: Re: Hommages aux femmes pilotes (suite et fin)   

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