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 Le temps des Carabines par René Chambe

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Manfred
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MessageSujet: Le temps des Carabines par René Chambe   Sam 5 Mar 2005 - 20:02

extraite de "Au temps des carabines" du grand pilote français René Chambe (officier de cavalerie, il passe dans l'aviation en 1915..., par la suite, résistant, nommé général il est un moment considéré par les américains comme un alternative à de Gaulle..., et surtout auteur de très, nombreux ouvrage sur l'histoire de l'aviation...). Il décrit dans ce passage, un exploit accomplie par son chef d'unité de l'époque: le capitaine Brocard (l'un des premiers pilotes militaire français..., il est comandant de la MS3 au début de la guerre..., il est rapidement nommé commandant du premier groupe de chasse français: le célèbre groupe des cigognes..., enfin, il est notamment le seul pilote a avoir abattue un avion au revolver !!!!)

"Le ululement caractéristique du 80 Rhône à la vitesse maxima atteint au mode aigu. Les ressorts de soupapes travaillent à toute vitesse. Un grand virage à gauche. Altimètre: 2.505 mètres. Brocard songe que c'est juste l'altitude de l'Aiguille de Porte-Rousse, au-dessus du village de Peisey-Nancroix, où il possède un petit chalet pour la chasse au chamois.

Jours lointains. Reviendront-ils Jamais ? …


La distance a fondu comme en rêve. L'avion allemand n'a sans doute pas aperçu le Nieuport, car il exécute une ligne droite qui le ramène dangereusement dans son voisinage. Or, c'est un appareil de reconnaissance, un Albatros facile à identifier. Sauf exception, il ne devrait pas souhaiter le combat. Est-il aveugle ? Chance, encore plus grande, le voilà qui vire plein sud et mord plus profondément dans les lignes françaises.
9 h 20. -Brocard est au contact : Ce qu'il veut tenter est une gageure, un coup de dés exceptionnel, mais il est décidé coûte que coûte à le jouer. Avec une froide résolution, il s'est approché à trente mètres à peine de l'Albatros, par l'arrière, à la même hauteur et un peu sur la gauche. Il se présente ainsi dans le champ de tir du passager. Il le sait, mais n'en tient pas compte. Il lui faut d'abord se bien placer lui-même. Tant pis, il prend ses risques !
Et ces risques sont grands, plus grands encore qu'il ne suppose. Depuis un instant, l'observateur ennemi le guette au bout de la ligne de mire de sa mitrailleuse, crosse à l'épaule...
Brocard est sûr de tirer plus vite et plus sûrement que lui. Plus vite ? Non. Plus sûrement ? Peut-être. Alors qu'il a saisi sa Winchester toute armée et va, de sa seule main libre, la mettre en joue, de brèves flammes illuminent l'habitacle de l'Albatros. Une sèche rafale éclate, dont Brocard entend la grêle déchirer les toiles du fuselage derrière son dos, en même temps que les cinglements stridents de mortelles lanières passent au ras de son oreille. Manqué ! Pas de loin. A son tour maintenant ! Il voit les deux bustes du pilote et de l'observateur se superposer dans un même alignement. Le passager ne peut plus tirer. Occasion unique et fugitive qu'il faut saisir au vol, pour faire coup double. Tenant et guidant le Nieuport exclusivement au palonnier, lut-tant de la main gauche contre les remous, très violents, de l'hélice de l'Albatros, prenant soin de ne pas appuyer le fût de sa carabine sur le plat-bord, à cause des vibrations, Brocard ajuste tant bien que mal. Ah ! C'est difficile ! Il a tout son sang-froid. Sa pensée veille, lucide : " Voyons... légère, très légère correction vers l'avant, c'est à dire à gauche. Presque rien, on est à peu près dans l'axe. Là, c'est bien. " Trois balles s'envolent à cadence rapide vers l'équipage allemand.
Il semble à Brocard que, là-bas, les deux silhouettes ont eu comme un soubresaut, qu'elles ont gesticulé d'une manière insolite. Ses coups ont dû porter. Mais cette vision est aussitôt emportée, balayée. L'Albatros s'arrache brutalement vers la droite et amorce un virage en montant. Manœuvre inattendue qui laisse Brocard dans le vide, sans avoir eu le temps de redoubler. Le pilote ennemi est un gaillard qui connaît bigrement son affaire ! Il n'est sûrement pas mort, pour secouer son zinc de pareille manière. On dirait qu'il a eu l'intuition que la chandelle accentuée n'est pas une des évolutions favorites du Nieuport 18 mètres. Il faut suivre pourtant, ne pas se laisser berner comme un enfant, s'efforcer de s'élever en spiralant ! Ah ! Tout de même, on ne se moque pas de Brocard à ce point ! C'est un vieux pilote, lui aussi, breveté de 1912, une future "vieille Tige ", si Dieu lui prête vie. Lâchant sa Winchester, les deux mains au manche à balai, il cabre son appareil à plus de 45°. Une folie ! Il "flirte avec la perte de vitesse ", son avion devient "tangent ". Mais il a d'un bond rattrapé les cinquante mètres qui lui manquaient. Le Nieuport a magnifiquement répondu. Après tout, il n'est pas si veau que ça ! Il l'a injustement outragé tout à l'heure. Le voici, presque sans l'avoir voulu, comme collé sous le ventre de l'Albatros. Il est énorme, ce ventre, d'un blanc gris visqueux, pareil à celui, horrible, d'un squale. Et ces deux grosses roues habillées de pneus immaculés, qui l'encadrent et tournent sous l'action du vent, ressemblent à de frémissantes nageoires.
Brocard est en sueur. On peut rester là, la position est excel-lente. Rester là et tirer. Vite ! L'observateur ennemi -s'il est encore vivant -est incapable d'apercevoir le Nieuport. Seul, le pilote, placé plus en arrière, est en mesure de le faire. Et voilà justement sa tête, coiffée d'un serre-tête jaune clair, qui se penche pour le chercher des yeux. Il va encore manœuvrer, essayer une esquive ! Il ne faut pas lui en laisser le temps !
D'une traction rapide sur la gâchette de la Winchester, tenue à bout de bras, Brocard achève de vider son chargeur, droit devant lui, sans viser. C'est si près ! Huit balles précipitées qui crèvent la peau luisante du monstre. Brocard s'échappe par un virage sec sur la gauche, comme, après son estocade, s'échappe le toréador.
Mais ce n'est pas encore la mort. Le pilote allemand, le leutnant Klaus von Allwrerden est un maître. Il pique, cette fois sur la droite, et cherche à regagner ses lignes. Alors commence folle poursuite. Brocard a compris l'intention de son adversaire. Mais puisqu'il s'est mis en piqué, tant pis pour lui, il le tient à merci ! Le piqué, c'est le fief, le royaume, du Nieuport. On le possède pas dans ce domaine. En cinq secondes, l'Albatros. rattrapé, coiffé, pris dans des serres implacables. Brocard ne le lâchera pas, mais il ne peut songer à remplacer le chargeur vide de la Winchester par un chargeur plein, les mouvements des deux avions sont trop rapides. Une idée, qu'il avait eue déjà, lui traverse l'esprit: son Mauser, vite son revolver Mauser, qui ne le
quitte jamais en cas d'atterrissage forcé chez l'ennemi! Il est là, dans la carlingue, à côté de lui. Il est tout chargé, ajusté sur l'étui de bois vide qui lui sert de crosse. Puisqu'il en est ainsi, puisqu'il n'a pu l'avoir jusqu'au bout avec la Winchester, c'est au parabellum, un revolver que Brocard aura cet Albatros !
Il l'approche d'encore plus près, malgré les manoeuvres désordonnées du pilote. L'observateur, sans doute gravement touché dès le début du combat, est incapable de tirer. Il est là, debout dans la tourelle, immobile, comme tassé sur lui-même, le casque ci penché en avant, cramponné des deux mains aux montants de carlingue. L'Albatros, désormais sans défense, pique à mort vers les lignes allemandes. Ah ! s'il se rendait, s'il descendait dans les lignes françaises, Brocard n'aurait plus à tirer, à chercher à lui porter le coup de grâce !
Il n'en est pas ainsi. Le leutnant von Allwrerden a la volonté farouche de sauver son camarade, de sauver son avion, de ne pas tomber, avec eux, prisonniers aux mains de l'ennemi. Il veut, coûte que coûte, revenir en territoire allemand. A cinq reprises différentes, Brocard doit donc tirer sur lui, au revolver .
L'Albatros décrit une sinusoïde désespérée, passant d'une aile sur l'autre pour virer plus court. Alors, dans un de ces virages, Brocard assiste à un spectacle affreux qu'il ne pourra oublier. L'observateur, blessé, est soudain arraché de sa tourelle, il tombe sur l'aile inférieure, sans pouvoir s'y raccrocher, glisse le long du fuselage, puis est projeté au loin dans le vide, les bras en croix
Brocard ferme les yeux et les rouvre aussitôt. L'épouvantable vision a disparu, s'est effacée...
L'AIbatros et le Nieuport, comme toujours collés l'un à l'autre, survolent maintenant, à moins de 500 mètres, le village de Dreslincourt, sur les bords de l'Oise, à 10 kilomètres au sud de Noyon. Les lignes sont tout près. Brocard tire encore deux. balles à bout portant dans la direction du pilote, puis abandonne la poursuite, alors qu'on a franchi les tranchées françaises.
Le leutnant Klaus von Allwrerden, grièvement blessé, parvient à poser son avion derrière la ligne allemande, à quelques centaines de mètres. L'artillerie le prend aussitôt sous son feu et le met en pièces.
Le capitaine Brocard, commandant l'escadrille M.S. 3, a réussi, aujourd'hui 3 juillet, un exploit sensationnel qui ne se renouvellera jamais: il a, au cours d'un combat aérien mené presque jusqu'au corps à corps, étant seul à bord, abattu un avion ennemi à coups de revolver."

_________________
Combats aériens sur la Corne de l'Afrique (juin 1940 - novembre 1941)
http://aviationaoi.wordpress.com/
(version 2.1, MAJ avril 2013)
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